• Où mène la peur ?

    Bonjour,

    Nous avons décidé de faire circuler largement un texte de soutien (voir
    ci-après) aux inculpés qui se sont vus qualifier de terroristes pour avoir
    mis en retard quelques trains de voyageurs de la SNCF. Ce pourrait être
    risible, ça ne l'est pas. Que l'on soit ou non d'accord avec leurs idées
    importe peu : il est simplement scandaleux que ces personnes risquent, au
    pire, 20 ans de prison, dans le meilleur des cas, une ou deux années de
    préventive. Peut-être moins, si nous agissons.

    Mais ce n'est pas "seulement" le sort de ces 9 personnes qui est en jeu. En
    effet, l'arbitraire (au travers de la législation antiterroriste qui permet
    d'incriminer l'intention, et non l'acte ; qui a recours à la notion
    extrêmement vague de "trouble à l'ordre public"...) que nous voyons ici à
    l'¦uvre à un degré d'intensité rarement égalé (voir par exemple comment les
    plus "hauts" représentants de l'Etat se contrefichent de la présomption
    d'innocence) nous semble concerner directement toutes celles et tous ceux
    qui, de près ou de loin, sont engagés dans des actions ou dans la production
    et la circulation d'idées qui pourraient, selon les contextes, être
    déclarées "subversives" ou qui mettent en question l'Etat, c'est-à-dire qui
    le considèrent simplement comme une entité politique "problématique". Cela
    fait, à n'en pas douter, beaucoup de monde...

    Que celles et ceux qui souhaitent signer la pétition me renvoient cet email
    avec leurs noms, prénoms et éventuellement lieu de résidence.

    Il vous appartient bien entendu de continuer à la diffuser...

    Rémy Toulouse
    Les Prairies ordinaires




    TEXTE DE SOUTIEN :

    Une opération récente, largement médiatisée, a permis d¹arrêter et
    d¹inculper neuf personnes, en mettant en ¦uvre la législation
    antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie
    l¹inconsistance de l¹accusation de sabotage des caténaires, l¹affaire a pris
    un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but
    de leur entreprise est bien d¹atteindre les institutions de l¹État, et de
    parvenir par la violence ­ je dis bien par la violence et non pas par la
    contestation qui est permise ­ à troubler l¹ordre politique, économique et
    social ».

    La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes
    inculpées, contre lesquelles il n¹existe aucune preuve matérielle, ni même
    rien de précis qui puisse leur être reproché. L¹inculpation pour «
    association de malfaiteurs en vue d¹une entreprise terroriste » est plus que
    vague : qu¹est-ce au juste qu¹une association, et comment faut-il entendre
    ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l¹intention ? Quant au
    qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu¹il peut
    s¹appliquer à pratiquement n¹importe quoi ­ et que posséder tel ou tel
    texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de
    cette législation d¹exception.

    Les personnes inculpées n¹ont pas été choisies au hasard, mais parce
    qu¹elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des
    manifestations ­ dernièrement, celle de Vichy, où s¹est tenu le peu
    honorable sommet européen sur l¹immigration. Ils réfléchissent, ils lisent
    des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de
    clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans
    la région, où un comité de soutien s¹est organisé dès leur arrestation. Ce
    qu¹ils cherchaient, ce n¹est ni l¹anonymat, ni le refuge, mais bien le
    contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole.
    Finalement, l¹absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des
    inculpés de ses dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est
    présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

    En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu¹à quel point
    allons-nous accepter que l¹antiterrorisme permette n¹importe quand
    d¹inculper n¹importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d¹expression
    ? Les lois d¹exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité
    sont elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à
    voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La
    réponse à ces questions, c¹est à nous de la donner, et d¹abord en demandant
    l¹arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont
    été inculpés pour l¹exemple.

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